Les Chroniques du Temps…

Les vendanges entre 1925 et 1939 “ les vendanges avec les Polonaises ”

Pendant cette période, nous avons utilisé comme complément de main d’œuvre pour les vendanges des Polonaises, femmes ou filles de mineurs du Bassin de Blanzy (une quinzaine en moyenne) qui venaient accompagnées de 2 ou 3 hommes pour porter les hottes de raisins.
Elles venaient des “ Gautherets ”, cité ouvrière près de Montceau les Mines, par le train jusqu’à Beaune où nous allions les chercher.
Les premières années avaient été plutôt difficiles, ces personnes ne parlant pratiquement pas le français. De plus l’installation rudimentaire (sur le grenier je crois) s’est organisé petit à petit et dans les années 1930, le système fonctionnait bien.
Enfant à l’époque, j’en ai gardé des souvenirs très précis.
C ‘est Madame KOSZAREK, une femme d’une quarantaine d’année, plutôt boulotte, qui était le chef de groupe, se débrouillant tant bien que mal en français, elle était leur interprète et leur cuisinière.
Leur dortoir était installé dans le cellier au bas de la maison de la rue de la Métairie, juste en face de la grande porte de cour. Le réfectoire était à l’entrée du grand cellier au rez–de- chaussée de la maison familiale, sur des tréteaux entourés de bancs ; la cuisine se faisait dans l’ancienne chambre à four, à l’entrée du jardin
Maman effectuait tous les achats, et au fur et à mesure des besoins, remettait des provisions à Madame K. qui pouvait donc accomoder les plats au goût polonais.
Elle cuisinait sur un réchaud à charbon de bois.
C’est là que j’aimais venir la regarder faire. Elle m’apprenait quelques mots de polonais….
Je revois très bien la fille d’une de ces femmes, une adolescente de 14 ans environ, qui par suite d’un défaut physique sans doute avait une drôle de démarche sautillante et saccadée. On croyait toujours qu’elle allait tomber, mais elle était d’une agilité surprenante.
Je sens encore l’odeur du cacao dans le cellier, les soirs où le dîner était composé de bols de chocolat au lait avec des tartines de beurre. Je me serais bien invitée, plus volontiers que lorsqu’il le jour du choux au vinaigre et sucré…ou des harengs !
A la fin des vendanges, en guise de Paulée, on leur offrait mousseux et biscuits.
Nous trinquions avec elles et elles remettaient alors à ma grand-mère et à Maman de très jolis bouquets confectionnés avec des fleurs du jardin, très abondantes à cette époque.
Le livre de comptes tenu par maman à l’époque apporte de précieux renseignements sur les dates de vendanges, les prix payés aux vendangeurs, les frais de nourriture.
Je citerai comme exemple l’année 1930 :
Vendanges du 25 septembre au 2 octobre inclus
15 polonaises + 1 enfant
frais de nourriture pour un total de 910,95 Francs
Les vendangeurs nourris étaient payés 12 Francs par jour (les autres 17 Francs par jour)